Le sport, en queue de peloton du Tour de France de l’Egalité

 

 

Le « Tour de France de l’égalité» [1], organisé à l’initiative du Secrétariat d’Etat chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les discriminations, s’est tenu d’octobre 2017 à mars 2018. Cette opération avait pour objectif le recueil de la parole des femmes et des hommes sur l’égalité au quotidien, les difficultés rencontrées et les propositions formulées pour la faire progresser. Il s’agissait également de faire émerger et partager les bonnes pratiques et connaître des dispositifs innovants existant à l’échelle d’un territoire. Enfin, d’identifier des nouveaux chantiers à ouvrir et des actions à mener par le Gouvernement.

Alors que plus de 300 ateliers avaient été programmés dans les 18 régions de métropole et d’outre-mer avec un objectif de plus de 50 000 participants, ce sont 741 ateliers qui ont vu le jour : 120 en octobre, 324 en novembre, 230 en décembre, 46 en janvier et 21 en février. Le pic de novembre et de décembre s’inscrit dans la campagne « Me Too ».

En l’absence de diffusion d’un bilan officiel par thématique, Egal Sport a établi une classification des ateliers en s’appuyant sur une typologie constituée à partir de leur énoncé (caractères les plus signifiants).

 

Les graphiques ci-dessous illustrent cette classification:

Il apparait, sans surprise, que la thématique la plus porteuse est celle de « la lutte contre les violences faites aux femmes », principal objectif fixé par le Secrétariat d’Etat. Seuls 5,8% des ateliers (43) ont été classés comme traitant de « l’égalité entre les femmes et les hommes dans le sport », alors que ce dernier, parce qu’il rend visible le corps et le modifie, pose la question de la «

féminité » et de la « virilité » dans leur conformité avec les attentes sociales et les stéréotypes traditionnels [2].

 

On ne peut que regretter le peu de place accordé à cette thématique, lorsque l’on sait les discriminations genrées qui persistent dans la pratique des activités sportives. Les différentes enquêtes et études socio-économiques menées depuis le début des années 2000, font un constat unanime et récurrent, même si quelques évolutions sont notables. Les jeunes filles et les femmes disposent, d’une offre moindre dans le choix des activités proposées (moins de section féminine ou d’offre en mixité), de créneaux horaires et d’installations sportives parfois, voire souvent inadaptés, d’une moindre qualification de l’encadrement, d’aides publiques inférieures, d’une faible exposition médiatique. Le tout s’accompagnant d’une vision encore très stéréotypée de la pratique s’appliquant tant aux types de sports qu’à leurs formes de pratique ; L’homme s’adonne à des sports dits « virils » pratiqués en compétition – La femme aux sports esthétiques et doux pratiqués en loisir.

 

Sans analyse précise sur les porteurs de projet, on peut quand même supposer que ceux-ci étaient soit des associations, soit des collectivités.

 

Alors que près d’un quart des associations loi 1901 se rapportent au sport [3], on peut s’interroger sur le relai effectué par le ministère de tutelle auprès des fédérations sur cette opération. Quant aux collectivités, la récente enquête menée par la commission féminine de l’ANDES [4] sur « la place du sport féminin dans les politiques sportives locales » fait ressortir un déficit de connaissance « des dispositifs d’accompagnement pour des projets de développement du sport féminin - 88,9% des répondants à l’enquête » et « des aspects législatifs promouvant la pratique féminine - 86,3% des élu-e-s aux sports ».

Constat qui, là encore, interroge sur la communication effectuée par le ministère des sports sur cette thématique.

 

Enfin, dernier constat qui ressort de ce bilan, seuls 6,21% des ateliers (46) ont traité de la lutte contre les stéréotypes sexués.

Ces derniers ont pourtant un impact direct sur l’ensemble des inégalités genrées mais également sur les violences constatées entre les femmes et les hommes. Ces stéréotypes impactent également le développement de la motricité de l’enfant. Une offre motrice très précocement orientée ne lui permettra pas de disposer de toutes les palettes de couleurs nécessaires à son plein épanouissement.

 

Laissons la conclusion à Marc SANCHEZ, Président de l’ANDES qui déclare dans l’édito de l’étude sur le sport féminin : « L’évolution de la place de la femme

dans le sport, et dans la société française en général, est une question majeure de notre époque comme le montre le sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes désigné grande cause nationale du quinquennat actuel. Le monde sportif, vecteur certain de valeurs humanistes, mais également véritable miroir de la société, ne déroge pas aux inégalités relevées entre les femmes et les hommes.

Si des évolutions apparaissent et vont dans le sens d’un meilleur équilibre dans les rapports de genre, il reste encore de nombreux progrès à accomplir. »

 

Egal Sport formule le vœu que ce sujet, de l’égalité entre les femmes et les hommes, figure expressément dans la lettre de mission 2019 de la nouvelle ministre des sports et que l’actuelle rénovation de la gouvernance du sport permette de lui accorder toute la place qu’il mérite.

 

 

1 https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/franceegalite/

2 Rapport d’information de la délégation aux Droits des femmes du Sénat - http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i1655.asp (2013)

3 En 2013 : l’INSEE dénombrait 370 500 associations sportives pour un total de 1 302 200 associations

4 http://www.egalsport.com/app/download/10525580/ANDES+-+Sport-au-f%C3%A9minin-synth%C3%A8se-%C3%A9tude-finale.pdf