LES PEPITES D’EGAL SPORT

25/01/2019

Le football féminin

 

 

En 1981, Jacques Novak, professeur d’EPS, responsable de la section football féminin de l’association « Poissy Jeunesse » et Bernard Virion, Président de la commission du football féminin de la ligue de Lorraine publiaient un livre « le football féminin », d’une incroyable modernité.

 « Dès leur plus jeune âge, les petites filles sont insérées dans un moule qui paralyse leur épanouissement en tant que personne. On ne voit en elles que des génératrices de l’espèce. La culture s’insinue par l’intérieur, dans la famille. Dès la naissance puis au cours de l’adolescence nous avons vu que les garçons et les filles n’étaient pas éduqués de la même façon ».

Ce livre écrit il y a bientôt 40 années, soit 13 ans avant la déclaration internationale de Brighton[1] et 18 ans avant les premières assises du sport féminin, aborde nombre de questions qui ne seront traitées que bien plus tard tant en France qu’à l’étranger. Il offre également une très riche documentation photographique.

« Notre souci est de faire émerger de la conscience des formateurs les discriminations sournoises qui font des jeunes filles des handicapées physiques. Non pas pour affirmer, ce qui serait faux, que les garçons sont comme les filles en tous points semblables, mais afin qu’ils obtiennent l’un comme l’autre une chance égale d’accéder à une formation, dans laquelle toutes les différences pourront s’exprimer ».

Aujourd’hui non réédité, le livre reste introuvable ou presque. Un grand merci à Jacques Novak de l’avoir mis à la disposition de notre collectif qui en a réalisé la numérisation. Ceci nous permet aujourd’hui de mettre son édition intégrale[2] à disposition de tou.te.s. sous ce lien :

https://pool399.seedbox.fr/files/index.php/s/rEMd4oKoMAk3dLb

 

La première partie : « Les conditions socio-culturelles de la pratique du sport féminin » présente les rares études sociologiques menées sur le sport féminin à cette époque, dont une enquête de l’IFOP menée en 1975 réalisé à la demande du secrétariat d’Etat à la condition féminine.

« Le sous-développement de la femme sportive est pour une large part du au statut social dévolu aux femmes qui,… sont contraintes depuis toujours à une moins grande mobilité que leurs compagnons ».

La seconde partie : « Comment devient-on joueuse de football ? » rapporte une analyse réalisée d’après un sondage d’opinion mené en 1976, auprès de plus d’une centaine de joueuses de différents niveaux lors d’un tournoi en Allemagne.

« Si les joueuses ne sont pas obligées de faire sans cesse la preuve qu’elles sont les égales de l’homme et qu’elles peuvent posséder ou développer des capacités et des aptitudes semblables à celles des hommes, alors on peut espérer que le football féminin sera délivré de l’influence du football masculin et qu’il pourra se développer indépendamment ».

La troisième partie : « le football féminin » présente des données très intéressantes sur le développement de sa pratique en France durant le premier quart du XXe siècle, sur sa renaissance à la fin des années 1960, après une longue traversée du désert (1934/1967) ainsi qu’un état des lieux très précis sur sa pratique dans les années 1980. « Les conditionnements les stéréotypes, les schémas de pensée qui relèvent de l’anthropologie, de la sociologie, de l’histoire de l’éducation ont freiné jusqu’à un passé récent la naissance du FB féminin organisé, institutionnalisé ».


[1] http://iwg-gti.org/common_up/iwg-new/files/Brighton_Declaration_f.pdf

[2] L’édition numérisée est libre de droits/VAKNO1947 

 

 

La quatrième partie : « Points de vues », fait état des connaissances médicales de l’époque sur le sport féminin. S’y expriment notamment les docteurs Catherine Defoligny (ministère des sports), Stéphan (INSEP), Laude et le psychologue et sociologue Michel Bouet. On y retrouve également toutes les productions de la commission médicale de la fédération française de football.

La cinquième partie : « le club de football féminin » propose un mode d’organisation de club et aborde les aspects pédagogiques et tactiques de l’entrainement.

« Le club doit intégrer les aspects sportifs, affectifs et sociaux de la pratique du football féminin faute de quoi il risquerait de ne pas remplir sa mission formatrice et par voie de conséquence ne parviendrait dans un projet à plus long terme aux résultats sportifs escomptés ».

En conclusion « Convaincre les parents, les amies, les médias, les instituteurs, professeurs d’éducation physique et sportive, l’opinion, que le football est une activité sportive et culturelle dont une partie de la population ne peut plus être bannieConvaincre aussi en prenant en charge un avenir qui fera des jeunes filles, des jeunes femmes, des femmes, des initiatrices, des dirigeantes, des entraineurs, des arbitres. »

Ce travail, nous précise aujourd’hui Jacques Novak, « a l'ambition, avec le recul de 38 années, d'apporter une contribution historique au développement du Football Féminin en France. On relira l'introduction puis la conclusion pour se rendre compte que les thématiques de 1981 sont encore d'actualité, même si aujourd'hui le football féminin est une discipline olympique et mondiale, ce qui était loin d'être le cas à l'époque ».