LES PEPITES D’EGAL SPORT

12/11/2018

Egal Sport en a rêvé, la ville de Trappes l’a fait !

 

A la mi-septembre, la ville de Trappes a été mise à l’honneur par plusieurs médias pour son engagement en faveur de la mixité genrée. Égal Sport souhaite revenir sur les actions menées par cette municipalité afin de leurs donner une nouvelle visibilité. Alors que le salon des maires se prépare, nous formulons le vœu que cette expérience inspire de nombreuses autres collectivités.

A l’heure des récréations, les cours d'école primaire se ressemblent toutes ou presque. Une surface bitumée et triste, dont le centre est investi par les garçons pour jouer au football voire, lorsque celui-ci est aménagé, au handball ou au basketball. Les filles, reléguées sur les côtés, évoluent sagement sur le peu d’espace restant, quand il existe. Lorsqu’elles bougent, ce qui n’est pas toujours le cas, elles occupent leur temps de récréation à « sauter à l'élastique, à la corde, jouer à la marelle, ou bien encore à 1-2-3 soleil… » comme le constate Edith Maruéjouls. Dès 2010, cette géographe du genre créatrice de l'Arobe (L'Atelier recherche observatoire égalité) s’est intéressée à l’activité des enfants durant ces créneaux. Pour avoir observé trois écoles de la ville de Bordeaux, elle y a noté que les garçons jouent tous les jours à des sports collectifs et que peu de filles les accompagnent. "C'est une vraie discrimination spatiale » assure-t-elle en soulignant « que le foot occupe la partie centrale renvoie aussi au fait que ce qui fait valeur c’est l’activité des garçons. »

Cette discrimination est d’autant plus importante qu’elle opère au moment où les enfants se construisent. Les petites filles vont développer leur motricité dans un espace restreint, par des jeux calmes, un engagement corporel limité. Les garçons vont le faire en conquérant l’espace avec un engagement physique beaucoup plus intense, voire violent et une motricité « débridée ». La palette d’activités qui s’offre de fait aux enfants est très stéréotypée et donc très discriminante du point de vue genrée. Une construction insidieuse qui joue un rôle important dans la structuration de la personnalité des filles et des garçons et de leur socialisation.

Ce constat est partagé par Yves Raibaud[1], qui observe que « Les femmes aiment le sport, elles ont quasiment autant de pratiques sportives que les hommes, mais ce goût est contrarié concrètement dès l’enfance ». En cause la non mixité des pratiques sportives qui précise-t-il « entérine la supposée supériorité physique des garçons et amène les deux classes de sexes à se séparer totalement dès l’adolescence, au détriment des filles. »

Pourtant, à l’école maternelle, note une enseignante, les « petits ne sont pas encore dans le cliché et se mélangent dans la cour… C’est après que ça se gâte ». Pour lutter contre cet « APRES », la ville de Trappes a décidé de repenser l’espace pour favoriser la mixité, en commençant par ses trente-six cours d’école primaire « premier lieu public qui est donné à l’enfant », qu’elle rénove progressivement.

 

A la rentrée dernière, les enfants de l’école Michel de Montaigne ont ainsi découvert un espace de récréation totalement métamorphosé. Concrètement, les terrains de sport sont boutés hors du centre de la cour, et l’espace est « redéfini en parcours où l’on va d’un jeu à l’autre » explique Thomas Urdy, adjoint à l’Urbanisme, en charge de l’Environnement et de la qualité de vie. « On développe des espaces verts, parfois des potagers et on y installe progressivement des jeux, des marelles et des terrains synthétiques. » Cette école, qui représente aujourd’hui « le projet le plus abouti pourrait servir de base aux prochaines rénovations » précise-t-il. « Les toboggans à double entrée, posés sur un terrain violet, sont décorés de jaune mais aussi de rose et rencontrent le succès escompté : garçons et filles y vont en même temps ».« Il y a toutes les gammes de couleur mais pas de stéréotype…. pas de rose pour les jeux qui seraient considérés comme destinés aux filles, ni de bleu pour les endroits habituellement occupés par les garçons. » ajoute l’élu.


 

 

Conséquence inattendue mais appréciée : « Les élèves se posent volontiers sur les espaces synthétiques et y restent tranquillement, ils sont plus calmes », constate une enseignante. De quoi ravir les parents, qui récupèrent le soir des enfants « moins énervés ».

La municipalité qui ambitionne de décliner ce mieux vivre ensemble à tout l’espace public demande à chaque adjoint d’intégrer la mixité dans son domaine. Cette co-construction est menée de pair avec les agents, des urbanistes mais aussi les directeurs.trices d’école en associant les enfants et leurs parents.

Un projet novateur qui fait écho aux paroles d’Anne Labroille, enseignante au sein du master d’urbanisme de Nanterre, relevées dans un récent article du journal Le Monde. « La réflexion sur l’impact du genre sur les constructions et les aménagements est très récentes. Cette approche a commencé à se diffuser dans les écoles de géographie et les instituts d’urbanisme, aujourd’hui, elle entre timidement dans les écoles d’architecture ». « Tout l’enjeu est de concevoir un environnement qui ne génère pas une domination d’un sexe sur l’autre » y ajoute. Stéphanie Datour, enseignante chercheuse école d’architecture de Grenoble

Si, comme ces chercheurs l’affirment, la structuration et l’aménagement de l’espace impactent le vivre ensemble, il semble important d’agir au plus tôt, afin d’éviter que les stéréotypes sexués s’installent. C’est pourquoi le plan d’action de la ville de Trappes nous semble exemplaire.

Cette action en faveur des élèves du primaire est une excellente initiative qui, pour gagner en efficacité, devrait être confortée par une formation des personnels encadrants, comme le proposaient les regrettés ABCD de l’égalité.

 

 

[1] Géographe, Université Bordeaux Montaigne